On ne peut empêcher le Printemps d'arriver: Solo Show - Juliette Sallin

6 - 25 Mai 2022
  • À l'occasion de sa première exposition personnelle en France, Juliette Sallin déploie aux murs de la Galerie Sono sa cartographie de l'intime. Puisant son inspiration aussi bien dans les écrits de l'écophilosophe David Abram que de ceux de la théoricienne Christine Buci-Glucksmann, l’artiste vient lier le champ visuel du végétal avec le champ lexical du féminin et du sensuel. 

     

    Jouant de la porosité entre le personnel et l'universel, son travail questionne abondamment sa condition de femme. Il est question d’intimité du corps par exemple, avec l'installation ”Floralhealing” ou les photographies de la série ”Botanical Eroticism” dans lesquelles le cycle de la terre, de la plante, le cycle de la vie et de la femme semblent se répondre dans un ballet de subtiles correspondances.

     

    L'œuvre se fait ainsi en pleine collaboration avec la nature, qui vient aiguiller les gestes de l'artiste et éveiller ses sens.

  • Des éphémères pigments de carthame, voués à disparaître au contact direct de la lumière aux encres changeantes à base d'hibiscus et de bois de campêche : rien ne semble ici laissé au hasard. Pourtant, devant l'impossibilité de maîtriser la manière dont les plantes vont réagir entre elles ou avec le support qui les accueille, il s'impose dans l'acte de création une forme de lâcher-prise ”On ne peut empêcher le printemps d’arriver”, autrement dit on ne peut contraindre le cours naturel des choses. La force vitale des plantes, l’élan de vie des femmes, toujours reprend le dessus.

     

    De sa formation dans le design textile, Juliette Sallin a en effet conservé un goût pour le travail du tissu, la soie plus particulièrement, qu'elle vient teinter dans des bains d'encres végétales fabriquées par ses soins. L'ensemble de sa palette entre en résonance directe avec les thèmes que ses œuvres abordent : ocres oranges, beiges peau, roses tendres, gris ivoire ou encore parmes poudrés traduisent une vision du monde habitée par l'impermanence des choses et la fragilité du vivant.

  • La chaleur d'un rayon de soleil qui vient caresser la peau par une fin d'après-midi d'été ; la tiédeur de ce vent qui doucement fait bruisser les feuillages ; les parfums de la nature, sols de terres craquelées, fleurs sucrées, arbustes aux branches chargées de baies ; les couleurs chatoyantes sur lesquelles notre iris vient se poser... Chaque expérience de la nature surgit dans notre mémoire accompagnée d'un panel de sensations et d'émotions plus ou moins précis, plus ou moins intense.

     

    Les œuvres de l'artiste genevoise Juliette Sallin fonctionnent comme une boîte à songes où l'on viendrait piocher çà et là des fragments de ces expériences, retranscrites poétiquement sous la forme de dessins, de tableaux ou de sculptures. Il n'est pas tant question d'imiter la nature, de la représenter avec la rigueur scientifique du botaniste par exemple, que de chercher à raviver son souvenir en une explosion sensorielle et synesthésique.