Locus Amoenus: Duo Show - Grégoire Fournier et Juliette Sallin

14 - 30 Avril 2022
  • Second acte de cette collaboration, « Locus Amoenus » un duo show de Juliette Sallin, fiber artist suisse née en 1980, et de Grégoire Fournier, plasticien français né en 1989. Tous deux explorant les capacités tinctoriales des plantes, elle à Genève, lui à Lyon, ils se retrouvent le temps d’une collaboration artistique, unique et expérimentale, sensible et colorée, introspective et complice.

     

    Sophora, chou rouge, tagète, hibiscus, garance, campêche… résonnent comme les ingrédients d’une formule magique psalmodiée, directement issus d’un jardin idyllique, où l’on se sent chez soi : locus amoenus, le lieu amène, un jardin parfaitement bien et beau dans lequel nous invitent les deux artistes. Œuvres aux racines végétales communes, les couleurs issues des plantes tinctoriales, qui se percutent, se fondent, s’observent en un ballet de vibrations dans lequel il est question de collaboration directe avec la Nature : “nous créons avec elle” disent-ils.

     

    La rencontre de ces deux artistes est évidente dans la technique liée aux plantes tinctoriales ainsi que dans leur profond attachement à la Nature. L’inédit se dévoile à qui sait regarder, comme une fleur banale que l’on apprend à décortiquer.

  • Juliette Sallin expose un travail issu de ses recherches instinctives sur les bains d’encres végétales. Sur la soie tendue, en lévitation dans ses mobiles, ou encore en combinaison avec la mine de ses crayons, elle convoque la couleur et la laisse s’exprimer pleinement, au gré du hasard : l’encre est imprévisible, les saisons qui passent et produisent les plantes aussi. Tantôt réfléchie, dictée par la méticulosité et la lenteur quasi monacale de la création de ses mobiles, tantôt dans une urgence créative, où la couleur surgit et s’imprègne des fils de soie de ses toiles, Juliette accepte de ne pas maîtriser le rendu final, abandonnant sa confiance dans le processus, laissant « parler l’expérience des plantes », comme elle le décrit.

  • Grégoire Fournier présente les séries Birth et Taking Over déjà présentes lors de son exposition personnelle. Il nous montre cependant ici une plongée encore plus en intensité dans la couleur, le ressenti profond des racines de l’Homme et de la Nature, comme elles sont liées et proches. Mêlant les coloris telluriques, tels que le marron et le noir, à des échappées pourpres et indigo, il crée un ensemble viscéral, nerveux et tout en puissance. C’est un chemin initiatique du jardinier en devenir qu’il est dans son exercice d’artiste total, du créateur d’un langage respectueux des éléments qui nous entourent et qui le constituent, de l’artiste ancré dans la Nature mais la tête dans le cosmos de ses propres galaxies, déambulant dans son jardin, écoutant les plantes et leurs couleurs lui chuchoter à l’oreille et lui offrir leur confiance pour transmettre leur message.

  • La rencontre de ces deux artistes est évidente dans la technique liée aux plantes tinctoriales ainsi que dans leur profond attachement à la Nature. L’inédit se dévoile à qui sait regarder, comme une fleur banale que l’on apprend à décortiquer. Accepter la création d’œuvres collaboratives n’est pas chose aisée pour un artiste. Dans l’exercice à quatre mains, le travail de chacun est d’abord questionné, les différences comparées : calme/urgence, couleurs concentrées/diluées, posture de l’artiste assise à sa table/geste habité en position debout... et alors s’opère la fusion. À l’instar des encres sur la soie et le papier, les gestes s’accordent, en une respiration commune. D’abord appliquer l’encre sur le support, la laisser mener le premier acte. Puis, déposer le tissu gorgé sur le papier de riz et le laisser s’imprégner en douceur, par capillarité subtile. La quintessence de leur association créative, illustrée par le mélange de leurs encres propres, leurs coloris fétiches, leurs techniques et supports, apparaît enfin : leur empreinte en tant que duo, leur » aura » comme ils la nomment.


    Nous sommes alors là, débordés de sens, face à ce jardin incroyable, et pourtant tellement réel tant il emprunte littéralement à la Nature. Un jardin tout à fait amène...