Fragments.: Group Show - Yann Bagot, Anne Commet, Anna Coulet, Léa Dumayet, Julia Gault, Mozziconacci Robert Teyssier, Ludovic Nino, Taylor Alaina Liebenstein Smith

19 Novembre - 18 Décembre 2021
  • À l’image du thème varié qu’est celui du paysage au prisme d’un art écologiquement conscient, l’exposition Fragments rassemble neuf artistes pluridisciplinaires et d’horizons différents. Tou.te.s œuvrent à un renouement pacifiste entre la nature brute et la nature humaine qui s’impose depuis des millénaires et tend à prendre, (trop) rapidement, le dessus sur l’environnement qui l’accueille. Mises en scène, narrations ou pures démonstrations, chacun.e apporte sa propre pierre -unique et personnelle- à cet édifice fleurissant de visuels paysagistes. La photographie, la peinture, l’assemblage ou autres, sont autant de médiums mis au point par l’être humain et que les artistes utilisent comme médiateurs à des fins visuelles et idéologiques. Cette volonté de n’utiliser qu’au minimum ces prouesses techniques et technologiques pour rendre, au mieux, compte de l’autonomie de notre environnement naturel fait l’unanimité pour l’ensemble des plasticien.ne.s.

     

    Les thèmes de la frontière, de la mémoire et des sciences sont essentiels pour comprendre les transformations que prônent les artistes, en vue de rétablir un équilibre entre deux entités qui luttent toujours plus offensivement pour leur survie. Les plasticien.ne.s ont ici travaillé sur, avec et dans la nature ; certain.e.s critiquent, dautres mettent en garde et dautres encore montrent, simplement, croyant en un éveil des consciences plus pat.mat.erne.

     

    Les artistes croient en une vie propre des formes, celles-ci ayant leur propre histoire, indépendamment des peuples et des civilisations. La matérialité, physique et psychique est souvent placée au premier plan, au travers des œuvres elles-mêmes (matériaux et médiums utilisés) ou du signifié des représentations. 

     

    Abstraits ou plus figuratifs, les travaux exposent les problèmes environnementaux auxquels nous faisons face, tout en nous soumettant des alternatives. Questionnant des notions telles que l’adaptation ou l’expérimentation, le sensoriel participe largement de l’idée que tout un.e chacun.e doit retrouver et réévaluer sa place au sein du monde.

  • Yann Bagot, Né en 1983

    Promontoires, 2021 / © Yann Bagot,  Adagp Paris 2021

    Yann Bagot

    Né en 1983

    Artiste plasticien immersif, Yann Bagot semble ne faire plus qu’un avec l’environnement naturel qu’il conçoit comme archive et mémoire du passage du temps. Ses créations sont pareilles à des écofacts en ce qu’il travaille en totale collaboration avec les éléments naturels et va jusqu’à y exposer ses travaux.

     

    Visuellement et psychiquement très engagé envers la préservation de l’environnement, l’artiste exploite toutes les potentialités offertes par l’éco-art. Faisant pleinement confiance aux éléments qui l’entourent et avec lesquels il travaille, Yann Bagot les laisse agir directement sur ses supports, poussant parfois ses représentations dans leurs retranchements les plus abstraits.

     

    Après un échange universitaire à l’Académie des Beaux-Arts de Rome, Yann Bagot se forme à l’ENSAD (Paris) où il se spécialise en Image Imprimée. Depuis 2010, il entreprend de nombreux ateliers pédagogiques au sein du collectif Ensaders, collabore à des projets créatifs (pochettes de disque, textiles, éditions) et expose largement, personnellement ou collectivement.

  • Anne Commet, Née en 1970

    La Loue III, 2021

    Anne Commet

    Née en 1970

    De manière très personnelle, Anne Commet travaille à une représentation visuelle des sens, des ressentis que lui procurent les territoires qu’elle a observé. Utilisant des techniques plastiques (entre autres, le monotype à l’acrylique et la photographie) qu’elle a développé le long de ses études d’Arts-plastiques (Sorbonne, Paris) et de peinture (Stow High, Ohio, États-Unis), l’artiste dit « évoquer le paysage »* qu’elle découvre au fil de ses marches en pleine nature.

     

    Du grec syn (union) et æsthesis (sensation), la synesthésie semble être un paramètre majeur pour se plonger dans sa pratique aussi sensorielle qu’écologiquement engagée. L’artiste aborde autant de notions géographiques, temporelles et réflexives et laisse libre cours à chacun.e de se laisser porter par les esthétiques aléatoires qu’elle propose. 

     

    Dès 2011, Anne Commet expose collectivement et internationalement, tout en proposant des projets personnels comme Morphologie du paysage que présente le DRAC Normandie en 2017.

     

    *  Anne Commet. Atelier A [vidéo en ligne]. ARTE France Développement, ADAGP, France, 2020.

  • Anna Coulet, Née en 1996

    Les yeux fermés I, 2021

    Anna Coulet

    Née en 1996

    Artiste plasticienne, Anna Coulet travaille sur les éléments naturels bruts ou sur leur représentation via des médiums manufacturés. Elle place doublement au premier plan de son œuvre la segmentation opérée par l’Homme sur les écofacts, de manière métaphorique puis, très concrètement par des divisions plastiques.

     

    Très critique vis-à-vis de l’ubiquité et du contrôle dont fait preuve l’humanité sur la planète Terre -et plus-, l’artiste souhaite instaurer une nouvelle idéologie mondiale où l’Homme serait plus humble et retrouverait sa place originelle au sein de l’écosystème. 

     

    Après avoir, entre autres, été diplômée de l’ENSAD (Nancy), et obtenu notamment le deuxième prix des arts-plastiques de Rotary, Anna Coulet commence à exposer au sein de nombreuses institutions tout en intervenant régulièrement sur sa pratique au sein d’établissements scolaires.

  • Léa Dumayet, Née en 1990

    Saisie, 2020

    Léa Dumayet

    Née en 1990

    Au travers d’une matérialité étonnante provenant en grande partie du monde marin, Léa Dumayet propose des assemblages légers et aériens en cohérence avec son projet écologique. Jeune diplômée des Beaux-Arts de Paris et de l’École d’Arts Visuels de Rio de Janeiro, elle a su se frayer un chemin au travers de nombreuses expositions dans des lieux prestigieux tels que la galerie Perrotin (Paris), Chez Valentin (Paris), mais aussi à l’international. 

     

    L’artiste reprend cette dimension idéologique de la matière dont parlaient Eugène Viollet-le-Duc ou Maurice Denis. Elle donne, dans son travail, la primauté aux matériaux qu’elle trouve dans les espaces naturels et ne cesse d’exploiter leurs caractéristiques physiques qualités propres. Comme le remarquait Matthieu Corradino, seule la bonne volonté des médiums soutient physiquement les installations et l’artiste offre ainsi une place de premier plan à un procédé hasardeux, laissant tout pouvoir aux matériaux et, par conséquent, à la nature qui les a produits. Cette fragilité matérielle des pièces suggère habilement une fragilité encore plus concrète, celle de nos écosystèmes. 

  • Julia Gault, Née en 1991

    Mémoire de failles, 48°53'54.0"N 2°23'O6.7"E, 2018

    Julia Gault

    Née en 1991

    En expérimentant matériellement les limites et les frontières, Julia Gault travaille sur l’essayisme et tente de repenser la notion d’échec en lui supprimant sa dimension péjorative.  Comme Edison disait n’avoir pas échoué, mais plutôt trouvé 10 000 solutions qui ne fonctionnaient pas, l’artiste est en quête constante de transformation et s’intéresse aux évolutions les plus basiques des éléments naturels. Elle n’oppose pas brutalement les éléments, mais les fait cohabiter et observe leurs interactions physiques dans une idée de forme non figée dans le temps. 

     

    L’imprévisible fait partie intégrante du processus créatif de l’artiste qui expose ce cercle (in)fini qui confronte l’Homme et son environnement et dont la durabilité est remise en question.

     

    Après une résidence de six mois à l’École d’Arts Visuels de Rio de Janeiro (Brésil), Julia Gault est diplômée de l’ENSAD (Paris). Dès 2010, elle expose tant personnellement que collectivement dans diverses institutions publiques (Institut du Monde Arabe, etc.) et privées (galeries Laure Roynette, Valérie Delauney, etc.).

  • Mozziconacci Robert Teyssier

    Paésine 3, 2021

    Mozziconacci Robert Teyssier

    Quatre ans après leur rencontre en 2015, les deux jeunes diplômés de l’ENSAD et de l’EHESS fondent le "Collectif Conversations" et débutent leurs recherches visuelles et narratives sur différents paysages. En 2018, ils sont, en tant que duo, lauréats de la bourse FoRTE (région Île-de-France) avant d’obtenir une résidence au Centre Photographique d’Île-de-France.

     

    Suivant la théorie de Roger de Piles selon laquelle on se sent attiré par la double dimension narrative-visuelle d’une œuvre, leur pratique pluridisciplinaire mêlant photographie, texte et dessin se base sur une démarche expérimentale à propos de la représentation du paysage sans artifices mais, simplement, montré différemment. Les artistes travaillent en effet sur les détails de leurs prises de vue tels que le cadrage, la fragmentation, l’agrandissement ou la réduction, la superposition, etc. pour laisser toute place au développement imaginaire du/de la regardeu.r.se.

     

    À la manière d’archivistes, ils travaillent sur des parcelles d’Histoire et leurs empreintes. Le duo nous montre une vision particulière de chaque lieu exploré, sans pour autant fermer notre regard à d’autres opportunités optiques.

  • Ludovic Nino, Né en 1990

    Sans titre, 2021

    Ludovic Nino

    Né en 1990

    Après avoir obtenu une licence d’Arts-plastiques à l’Université Paris 8 et été diplômé des Beaux-Arts de Paris en 2018, Ludovic Nino se lance plus concrètement dans l’élaboration de compostions mêlant souvenirs personnels et cultures diverses (Martinique et Japon notamment). L’artiste dit en effet retrouver des paysages japonais en Martinique et inversement, il nous montre ainsi ce voyage spirituel qu’il a imaginé à partir d’espaces qu’il connait.

     

    Dialoguant avec le texte et la vision, Ludovic Nino redonne de la visibilité et rend hommage à des lieux historiques, ceux qui ont interagi avec l’Homme et sa présence, pourtant pas toujours de manière péjorative. Il dépeint ce paradoxe de la mémoire de la nature quant aux traces qu’y a apposé l’Homme, comme une emprunte mais, également la mémoire humaine par rapport à cette nature et les liens que les deux entités ont crée. 

     

    Par le biais de techniques complexes telle que l’encre de chine, l’artiste nous positionnerait face à des « paysages-monde »*. Dans un esprit de métamorphose, il tente de recontextualiser l’histoire de territoires dont le passé a été physiquement effacé et, par conséquent, oublié.

     

    *  Chris Cyrille, Entretien avec Ludovic Nino Et Chris Cyrille par Louise Thurin, Artskop, 2020.

  • Taylor Alaina Liebenstein SMith, Née en 1993

    Interlaced No. 1, 2019

    Taylor Alaina Liebenstein SMith

    Née en 1993

    Pluridisciplinaire, tant dans les techniques que les matériaux qu’elle utilise, Taylor Alaina Liebenstein Smith joue avec les éléments bruts telle une plasticienne de la nature. L’ensemble de son processus créatif est à prendre en compte, de la création de ses procédés à la relation harmonieuse qu’elle entretient avec l’ensemble de ses outils. 

     

    Au travers de son éco-art, l’artiste, positive et optimiste, entreprend de (re)-lier l’Homme à son environnement d’origine. Elle travaille autour des thèmes de la mémoire et du souvenir, tout en intégrant une forme de science dans sa pratique.

     

    Après une formation en Arts-plastiques et en Histoire de l’art à l’Université de Boston, elle intègre l’École du Louvre (Paris) et obtient une maîtrise en médiation culturelle. Elle réalise une résidence suite à l’obtention de la bourse Harriet Hale Woolley de la Fondation des États-Unis à Paris et participe à de nombreuses expositions en Europe et dans son pays d’origine.